L’Ironman d’Hawaï est une course à part: elle est belle, incroyable, magnifique et terriblement dure à la fois…

Aujourd’hui, j’ai vécu un véritable enfer, la journée la plus dure de ma vie, une journée comme je ne veux plus en revivre… 6h45, dans l’eau. nous nous présentons tous sur la ligne de départ, j’avoue vivre un grand moment, toutes ces planches de surf, dans ce cadre idyllique…l’attente et longue et comme tant d’autres je m’accroche à une planche pour patienter. et c’est là, avant le départ que le cauchemar commence. je sens les crampes monter dans les mollets et j’ai déjà les orteils dans tous les sens ( crampés…). je me dis que c’est certainement le stress. la pression monte au fur et à mesure que les minutes défilent. et ça y est, le coup de canon retenti et c’est parti. les 2000 premiers mètres sont une vraie baston, on s’en prend plein la tronche,j’ai un mal de chien à mettre ma glisse en action, je lutte, comme tout le monde. au bout de 2000m j’ai des crampes au mollet et je sens mes quadris limites. je m’arrête carrément dans l’eau pour m’étirer. c’est incompréhensible, mais je comprendrai bien plus tard ce qui s’est passé. je fini la natation correctement, il y a plus d’espace et j’arrive enfin à nager correctement. je sort de l’eau en ne regardant même pas le temps, je sais que j’ai pas fait une natation terrible. je me change, fais quelques étirements et part en vélo.

Dès le début je sens que les sensations sont bonnes. je part à très bonne allure sans avoir l’impression de forcer. j’ai la bouche fermé et je roule à plus de 40 face au vent. je suis rassuré. km 50, un concurrent me double et se rabat devant moi, je ne freine pas assez fort et au lieu de mettre 20 seconde pour me mettre à 7m (c’est la règle ici) j’en met peut être 25. 5 secondes qui me coutent une pénalité de 4min d’arrêt. Je ne m’affole pas, j’ai de telles jambes que je comblerai mon retard. je repart très fort; mais toujours sans avoir l’impression d’être à bloc. je mange et je bois énormément, environ 1L tout les 15 km. arrivé au bout de l’ile, le vent souffle terriblement, encore plus que sur le reste du parcours. j’ai 100 bornes au compteur et je roule ( sans compter mon arrêt) a plus de 39 de moy, je suis sur des bases de 4h45… le parcours est loin d’être plat. en réalité il n’y a pas un mètre de plat, on est toujours en prise dans des faux plats montants ou descendants avec du vent dans la tronche, c’est usant. un français qui l’a fait plusieurs fois, m’a annoncé entre 1200 et  1500m de dénivelé.

Km103, mon calvaire commence, il ne s’achèvera que la ligne franchie. Une rafale de vent me fait faire un écart et en écartant les jambes pour me rééquilibrer, des crampes partout: vase intérieur, extérieur, isquio, adducteur.

je ne peux plus effectuer un seul mouvement. heureusement je suis en descente et je tente tant bien que mal de m’étirer. je bois, je bois et réussi à refaire tourner les jambes. mais impossible d’appuyer sur les pédales. Il me reste pas loin de 80 km avec une grosse partie vent de face (et quand ici on dit vent, on pèse ses mots, moi je dirai plutôt rafale. c’est un vrai calvaire. tous les deux km je suis obligé de m’arrêter de pédaler 500M. au début je pense que c’est une déshydratation vu la chaleur et l’humidité. à ce moment là je suis quasiment persuadé que j’aurai du mal à finir la course. je continue comme ça en roulotant, luttant contre les crampes . et en buvant et mangeant énormément.

Résultat je suis pris de vomissement 5 fois sur le vélo, mais ça ne m’affole pas plus que ça, je sais que c’est le trop plein d’eau.

à 30km, je comprends enfin ce qui m’arrive: sur une énième crampe , je tire sur ma combi au niveau des cuisses pour soulager la pression. résultat les crampes disparaissent comme par magie. malheureusement, je ne peux pas rouler en tenant ma combi. j’essaye de la déchirer au niveau des cuisses mais sans succès.

arrive enfin la fin du vélo. je finis en 5h09  pénalité inclue. c’est correct mais a des années lumières du temps  que j’étais parti pour faire.

j’en bave pour me changer, j’ai horriblement mal au jambes (80 km de crampes, ça laisse des traces au niveau musculaire) et je n’arrive même pas à mettre mes chaussures, je suis obligé de demander à un des bénévoles de me les enfiler. je me demande comment je vais réussir a me relever de ma chaise et faire un marathon.

Dès le début de la course à pied, je vois tout de suite que je n’ai aucunes jambes, le marathon va être long. j’en bave, je n’avance pas et j’ai encore des crampes. au premier ravito, je trouve enfin des ciseaux, je coupe ma tri et tout de suite les crampes disparaissent et elles ne reviendrons plus. le reste de la course est très dure et très long. le parcours est particulièrement dur et ennuyeux. ceux sont de longue ligne droite de 10km, exposé au vent et au soleil.

Il annonce 49 ° en plein soleil et les organisateurs ont même interdit queen k highway aux spectateurs, craignant des malaises et des coups de chaud.je m’accroche mais chaque pas est une vraie souffrance.

je mange je bois. il fait horriblement chaud et humide , nous souffrons terriblement. je pense que je suis partis pour faire au moins 11h30. a force de boire, je n’arrête pas de pisser (au moins 13 fois sur le marathon, dont 2 fois dans les trois derniers miles). je m’oblige à ne jamais marcher entre les ravitos et ne m’arrête que pour boire.

Les kilomètres passent et je peux accélérer un peu sur les 10 derniers km après energie lab.

enfin se présente la finish line. j’ai souffert le martyre et vécu l’une des pires journées de ma vie. je suis allé loin dans la souffrance comme jamais et cette expérience me servira à l’avenir.j’ai vu que même dans les pires conditions j’étais capable de me dépasser et d’aller au bout. et penser à vous tous qui m’avez soutenus les semaines précédentes m’a poussé à me transcender.

Je suis heureux et fier de finir alors que j’ai pensé arrêter  au moins 20 fois.mais l’abandon n’était pas une option et je balayais tout de suite cette idée de mon esprit.

De plus ,vu mes péripéties, mon temps reste correct.

je passe la ligne en pleure, ça devient une habitude.

je fini cette aventure sur un sentiment d’inachevé. bien sur, la joie d’être finisher à Hawaï et d’avoir vécu cette expérience l’emporte mais je reste sur ma faim et j’ai le sentiment de ne pas avoir pu m’exprimer pleinement.

C’est pourquoi, je remets le couvert dès l’année prochaine en essayant d’aller chercher ma qualif à l’ironman de Zurich, afin de revivre l’aventure Hawaï différemment….

Comme le proverbe le dit: « Ce qui ne nous tue pas , nous rend plus fort ». et c’est par les échecs que l’on progresse.

En tous cas, une chose est sûr, en une journée, j’aurai appris énormément….

ça mérite une revanche…